Le passage frontière

Le train en Thaïlande

4h, le réveil sonne. Il est temps de quitter le lit confortable du Glur Hôtel pour les banquettes en bois du train reliant Bangkok à Poi Pet (frontière Thaïlande / Cambodge).

 

Le jour n'est pas encore levé. Installés dans notre tuk-tuk, nous parcourons les rues de Bangkok encore calmes mais déjà baignées d'une chaleur humide.

Les marchés se mettent en place, les premiers tuk-tuk se mettent à la recherche de clients matinaux, ici, la vie démarre tout doucement aux heures les plus "fraîches".

 

Nous arrivons à la gare, également assez calme à cette heure et prenons nos billets. 41 bath par personne (soit 1 €) pour faire 224 km : rien à dire !

Bon d'accord, les banquettes sont en bois et la propreté des toilettes vous donnerait la force de vous retenir des heures durant... Mais ils ont leur charme ces trains ! On se croirait dans un vieux train à vapeur. Et on trouve tout de même des banquettes en mousse, plus confortables que le bois. Des ventilateurs fixés au plafond brassent l'air chaud mais on peut ouvrir les fenêtres en les faisant coulisser vers le bas. En guise d'occultant, des planches en bois de la taille des fenêtres qu'il faut remonter.

Avant que le train ne démarre, nous assistons au nettoyage du train qui se trouve juste à côté du notre : un homme armé d'une lance à incendie marche sur notre toit en arrosant celui d'à côté !

 

Le train ne semble pas accueillir de nombreux passagers aujourd'hui, nous avons de la place pour étaler nos affaires. 5h, le train démarre pile à l'heure ! Lancé à petite vitesse, nous avons le temps de contempler le paysage qui défile lentement dehors. Tout d'abord les rails, les petites échoppes installées sur les bords, les gens qui traversent tranquillement, les déchets jetés en plein milieu... Et puis des kilomètres de verdure... Ici ne cherchez pas un quelconque système de sécurité, les portes du train sont grandes ouvertes et vu la vitesse de celui ci on pourrait presque descendre en route.

 

De temps à autre, une dame et un monsieur passent, avec un panier de fruits ou de choses à grignoter qu'il nous est impossible de reconnaître.

Malgré le bruit du train sur les rails, nous parvenons parfois à nous endormir et sommes réveillés par ces petits vendeurs ambulants, qui, pour s'annoncer dans le wagon, prononcent d'une voix criarde une longue phrase qu'ils répètent sans cesse en insistant longtemps sur la dernière syllabe (je vous les imiterai à notre retour ;-))

 

À environ une heure de l'arrivée, un groupe de Thaïlandais qui faisait le trajet dans un autre wagon, entre dans le notre. Nous nous redressons et faisons de la place. Certains d'entre eux nous font signe de prendre nos sacs et de sortir du wagon. Nous ne comprenons pas : l'arrivée est encore assez loin et ils ne nous parlent pas, ils nous font juste des signes en montrant du doigt le wagon voisin. On se regarde, intrigués et décidons de rester là puisque nous n'avons aucune raison de bouger ! 15 mn plus tard, un contrôleur entre et, par les mêmes gestes, nous demandent de passer dans l'autre wagon. Nous ne comprenons toujours pas mais l'ordre venant d'un contrôleur, nous prenons nos sacs et nous installons dans le wagon voisin. Il y a plein de touristes alors qu'au début du trajet, ce wagon aussi était presque vide. Que s'est-il passé ? Soudain, le train s'arrête, tous les thaïlandais présents dans le wagon d'où nous venons passent devant nous et sortent. Laissant derrière eux une multitude de déchets (bouteilles plastiques vides, serviettes en papier chiffonnées, sachets, emballages vides...). Moins d'une heure plus tard, nous arrivons à Poi Pet et descendons du train. On ne saura jamais à quoi servait ce remaniement des wagons !

Le poste frontière de PoïPet

Ce passage frontière est connu pour être le royaume de l'arnaque et de la corruption. Nous arrivons donc en gare d'Aranyaprapeth avec beaucoup de méfiance pour déjouer tous les mauvais tours de nos "amis" thaïs et cambodgiens.

 

Pas besoin de chercher longtemps un Tuktuk en sortie de gare, ils sont déjà une quinzaine à nous attendre comme de vautours en bord de quai. Nous partagerons le transport avec un Saoudien pour diviser le prix de la course. Le tuk tuk nous conduira au poste frontière situé à quelques kilomètres de la gare.

Nous apercevons le border quand tout à coup, notre tuk-tuk tourne sur une petite route, entre sur un parking désert derrière un bâtiment et s'arrête net le long de ce bâtiment. Un homme bondit sur nous en nous disant "vous allez au Cambodge ? Vos passeports !". Romain, toujours bien renseigné sur la marche à suivre, flaire immédiatement l'arnaque. L'homme cherche tout simplement à se faire passer pour un représentant de la douane et à nous vendre un visa plus cher que le prix officiel et le chauffeur de tuk-tuk n'est ni plus ni moins qu'un vendu ! Romain refuse de suivre l'homme et s'adresse au chauffeur de tuk-tuk en lui disant que nous l'avons payé pour qu'il nous emmène au poste frontière et que nous n'y sommes pas. Le chauffeur essaie de nous affirmer qu'on est au poste frontière puis ne répond plus, confus. Le saoudien ne comprend pas et se laisse embarquer malgré les tentatives de Romain pour lui expliquer que c'est une arnaque. L'homme qui cherche à nous escroquer prend un ton agressif. Nous partons. Un autre thaïlandais qui a vu la scène, nous affirme que nous ne sommes pas au poste frontière. En fait, ces escrocs ont des bureaux dans un petit bâtiment à deux pas du poste frontière et ils ne sont pas les seuls, ils sont plusieurs à se partager ce marché du piège à touristes. Ils agissent aux vues et aux sus de tout le monde, y compris la police et la douane mais personne ne les en empêche. Bienvenue dans le monde de la corruption !

 

En chemin jusqu'au vrai poste frontière, nous croisons également des hommes qui veulent se faire passer pour des sortes de guide au service de l'administration et vous accompagner à chaque étape de la sortie du territoire. Puis vous réclame ensuite de l'argent. Comme le faux agent ferroviaire qui nous "accompagna" jusqu'au train Hanoi / Lao-Caï.

 

Notre passage au poste frontière cambodgien se fera "presque" sans attente (le bon coté de la basse saison, sinon prévoir plusieurs heures d'attentes ici), il n'y a personne dans la salle officielle. Nous achèterons notre visa au juste prix et en moins de 20 minutes nous voila en territoire khmer.

 

Il nous faut à présent trouver un moyen de rallier Siem Reap. Un homme nous propose de partager un taxi avec un autre couple pour 1000 bath. Cela nous semble correct, nous acceptons. Nous devons tout d'abord prendre un bus jusqu'à la station des taxis. L'homme qui nous a proposé le taxi nous demande payer. Nous sommes méfiants car, habituellement, on ne nous demande jamais de payer en avance.

Il nous répond que les cambodgiens ne sont pas des menteurs et que s'il nous a dit que nous allions prendre un taxi pour Siem Reap, c'est qu'il tiendra parole et qu'il ne va pas s'enfuir en courant avec notre argent. Le couple avec lequel nous partagerons le taxi a déjà payé. Nous attendons d'arriver devant le taxi et payons cet homme.

 

Nous nous installons, le taxi démarre. Au bout d'1 km, il s'arrête, descend du taxi et vérifie une de ses roues. Nous sentons le coup de la panne arrivé gros comme un gratte ciel. Il fait demi tour, s'arrête dans un garage, parle avec un mécano et revient nous dire qu'il y a une panne et qu'il nous faudra attendre 1/2 heure pour la réparation. Oh ! Surprise ! Un roulement est à changer ! Il a du casser pendant le kilomètre que nous avons parcouru, sans crier gare. Heureusement que nous avons payer d'avance, comme ça le chauffeur peut payer la réparation... Voilà une autre magouille dont on peut être victime avec les taxis. Moralité : ne JAMAIS payer d'avance une course en taxi ou en tuk-tuk.

 

1h30 plus tard, nous nous remettons enfin en route. Nous avons 2h30 de trajet avant d'atteindre Siem Reap. Le chauffeur roule comme un dératé. Derrière, nous dormons, devant, Romain veille à ce que le chauffeur reste éveillé ! Il a vu sa tête osciller plusieurs fois et n'est donc pas tranquille. Et pour cause, à mi-chemin, il s'arrête à nouveau, descend de la voiture, s'achète une bouteille d'eau dans une petite échoppe et s'en asperge le visage.... Ça va bien se passer...

 

La nuit tombe, nous arrivons à Siem Reap. Le taxi tourne dans un petit chemin, s'arrête et nous demande de descendre. Mais nous ne sommes pas à notre hôtel ! Ah ! Mais il a justement plein de potes chauffeurs de tuk-tuk qui se proposent de terminer la course jusqu'à notre hôtel. L'autre couple est accompagné illico dans un tuk-tuk et nous, on nous laisse là, le taxi s'en va et nous laisse avec ses amis. Nous sommes fermes : on ne paiera pas un centime de plus. Pas de souci : un jeune homme nous garanti qu'il va nous raccompagner mais d'abord, il nous demande si on va au Temple d'Angkor demain. Euh... Oui mais là, on veut juste aller à notre hôtel, poser nos affaires, prendre une douche, nous reposer. Rien de plus normal après une journée entière de transport et d'escroqueries en tout genre... Oui mais le jeune homme veut ABSOLUMENT savoir maintenant si on va à Angkor demain. Parce qu'il peut nous envoyer un tuk-tuk à 8h30 à notre hôtel, qui restera toute la journée avec nous pour nous amener aux différents temples à visiter, tout ça pour 15$. Et dès qu'on aura acheté cette excursion, promis on nous ramène à l'hôtel. Et il insiste lourdement, ne voulant pas entendre "on verra demain". C'est la goutte d'eau... Nous remettons nos sacs sur le dos, très agacés et partons. Le jeune homme marmonne en cambodgien et nous laisse partir, il n'est plus question de tuk-tuk nous ramenant à l'hôtel. Incroyable ! Autant dire que notre 1ère impression du Cambodge n'est pas vraiment bonne.

Bien sur, dans un pays miséreux comme celui-là, on peut comprendre qu'ils n'aient rien à perdre et qu'ils soient en mode requins, mais quand on est fatigués, on ne relativise plus et on s'énerve.

 

Heureusement, l'hôtel que nous avons réservé propose une navette gratuite sur simple appel. Romain parvient à emprunter un téléphone. La navette est en fait un tuk-tuk, que nous sommes bien contents de voir arriver...

 

Nous arrivons à la Villa Um Theara vers 20h... Nous sommes très gentiment accueillis avec une lingette rafraîchissante et un jus d'orange. Nous avons envie de nous jeter dans les bras de notre hôte tellement nous sommes soulagés, à la fois d'être enfin arrivés mais aussi de ne plus être la cible de personnes mal intentionnées. Cet hôtel est charmant, notre chambre est propre et confortable et il y a une piscine qui n'attend que nous ! Les offres étant ici transparentes et les prix corrects, nous réservons notre journée à Angkor pour le lendemain.

 

Maintenant il nous faut un petit remontant, c'est à dire manger! Il y a justement, à 3 mn à pied de l'hôtel, un petit resto figurant dans notre guide, le "Paris-Saïgon". Tenu par un français, ce restaurant à la décoration sobre est baigné de sérénité. Encore éprouvés par notre journée, nous décidons de nous lâcher un peu : pastis pour Romain, Martini pour moi, une pièce de viande et un dessert, le tout accompagné d'une musique classique et d'échanges très intéressants avec le maître des lieux... Il nous explique qu'il est arrivé au Cambodge il y a 21 ans ! Il nous parle de l'histoire dramatique récente du Cambodge, des Khmers Rouges, des traces que leur cruauté a laissé... Il nous raconte qu'ici on croit beaucoup au karma et qu'il lui est déjà arrivé de voir quelqu'un s'évanouir dans la rue à cause de la chaleur sans que personne ne vienne lui porter secours sous prétexte que c'est son karma et qu'on ne peut rien contre ça. Enfin, il nous parle de sa fille, de la fierté plein les yeux, car il lui a donné la chance de faire de grandes études et qu'elle est brillante et a un bel avenir devant elle.

 

Nous sortons du Paris-Saïgon ressourcés !

 

21h30, un petit plongeon dans l'eau à 30° de la piscine de l'hôtel (chauffée naturellement bien sur) et au lit. Sans aucun doute, la nuit sera réparatrice...

 

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