Bukit Lawang

Trekking avec les Orang-Outans

A notre arrivée de bus sur le parking de BukkitLawang, nous sommes attendus de pied ferme par les rabatteurs des guesthouses du village. Bien sur, comme souvent depuis notre arrivée en Asie, nous avons été déposés à un endroit où il est nécessaire de prendre un tuktuk ou becak pour rejoindre les logements. Nous nous acquittons des 10000 roupies pour faire les 2 kilomètres qui nous séparent de la place du village. Le couple de suédois et les gérants du Kitecamp nous ont tous conseillé de nous rendre à On The Rocks, un hôtel qui surplombe la jungle tropicale. Nous attaquons la montée vers le site, suivi par un local, Harry, qui se propose (sans charge supplémentaire) de nous guider chez son"ami". Il prend même le sac à Émilie sur les épaules, ce qui soulage un peu son dos. En chemin, il appelle l'hôtel et nous informe que tout est complet mais qu'il peut nous trouver un autre logement sur place. Sauf que nous sommes méfiants et nous décidons de monter vérifier par nous même si notre porteur/guide/agent de liaison n'est pas en train de nous balader. Mais effectivement, une fois sur place, la gérante nous confirme que toutes les chambres sont bookées. En fait, Harry est un guide officiel et travaille pour On The Rocks. Il nous propose les différentes formules de trekking dans la jungle, à la journée ou jusqu'à 4 nuits pour aller en profondeur dans la forêt. Émilie n'est pas emballée du tout par l'idée de dormir en compagnie de la faune locale et j'ai lu sur différents blog qu'il n'est pas nécessaire de passer plusieurs nuits en tente pour voir des orang-outans. Et le prix est assez élevé pour l'Indonésie : 45€/personne et par jour. Nous optons alors pour une journée seulement.


Maintenant, il nous faut trouver une chambre pour les nuits sur place. Nous descendons jusqu'a la rivière par l'escalier interminable qui passe le long des rochers. Harry nous accompagne avec son "frère" Andy (décidément les noms ne font pas très terroir) pour faire le tour des guesthouses et en trouver une qui nous convienne (moi pour le prix et Émilie pour le confort). Finalement, après avoir épuisé 3 hôtels, nous arrivons à un compromis chez une petite dame sur l'autre rive de la rivière. La chambre est sommaire mais il y a une moustiquaire et les murs sont en béton. Je demande à Andy où est l'ATM du village, il me dit 10km. En effet, il n'y a rien à BukkitLawang pour retirer de l'espèce si ce n'est quelques bureaux de change trop contents de soutirer 8% de comm au malheureux qui n'a pas prévu le coup. Comme nous quoi !


Sauf qu'Andy se propose de m'amener sur son motobike pour aller à l'ATM du village voisin. Et me voilà sur la selle passager d'une vieille Yamaha 125cc qui n'a pas du voir l'ombre d'une révision depuis 15 ans. Bien sur pas de casque et nous voilà parti à slalomer entre les voitures et les autres motos sur 10km, avec de temps en temps un poulet (l'animal car ici la police est inexistante) qui traverse sans crier gare! Finalement, après 2 notre Père et 3 avé Maria j'arrive devant l'ATM où une file d'attente de 7 personnes est déjà en place. Une fois que mon tour arrive, ma CB ne m'autorise pas à retirer un montant supérieur à 100000 roupies (6,5€) j'ai visiblement atteint le plafond hebdomadaire de retrait à cause de cette histoire de vol à Lhoknga. En plus je n'ai pas pris la CB d'Emilie en secours. Ça s'annonce compliqué !! Andy me ramène donc bredouille à l'hôtel. Le RDV pour le trekking est fixé à 8h le lendemain il va falloir que nous trouvions une solution de paiement d'ici là. Nous faisons les fonds de tiroir de nos portefeuilles pour rassembler la somme. Il nous reste assez de roupies pour une personne et les repas. Par contre la deuxième place de trekking est compromise. Finalement Andy nous annonce qu'il accepte les euros (pas étonnant vu le taux de change favorable). Et nous avons pile 45€. Les deux places sont payées donc demain direction la jungle...

Welcome to the Jungle

Le réveil est un peu dur ce matin car Émilie a passé une très mauvaise nuit. Suite à un faux mouvement elle se retrouve complètement bloquée dans le dos, avec une douleur sous costale qui l'empêche même de respirer normalement. Impossible pour elle de faire une randonnée dans la jungle dans cet état. Elle va donc devoir rester à l'hôtel pour la journée. Je pars donc seul rejoindre Andy pour aller rencontrer les singes roux. En arrivant au point de rendez vous, Andy est accompagné de son "frère" (décidément bonjour la consanguinité dans le coin), Aan, qui va me servir de guide. Avant toute chose je leur explique que ma copine ne se joindra pas à nous car elle ne peut pas bouger. Et j'essaye, sans beaucoup d'illusions, de récupérer les 45€ de sa part. Bien sur c'est peine perdu, ils me disent qu'ils ont déjà acheté la nourriture du lunch, payé l'entrée du parc et qu'il faudra voir avec le proprio de On The Rocks si un remboursement partiel est encore possible. Nous gravissons donc les marches qui mènent à la guesthouse pour voir avec lui si il est enclin à me rendre un petit quelque chose. Après plusieurs minutes de négociation, j'arrive à récupérer 13€ (200000 roupies) sur les 45€ de départ. Je n'aurai pas plus, il est temps maintenant de découvrir la jungle.


Nous commençons par traverser une plantation d'hévéa, qui matérialise la dernière parcelle cultivée avant le début du parc national Gunung Leuser. Ce sont des français qui exploitent les récoltes de caoutchouc produites ici. Arrivés devant le panneau d'entrée du parc, Aan me fait le speech classique du guide en me sortant les chiffres principaux du lieux : superficie du parc (9500 km²); inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO; protection d'espèces endémique comme le tigre de Sumatra, l'éléphant et le rhinocéros de Sumatra et bien sur les orang outans; la flore est également spécifique avec par exemple la Raflesia, la plus grande fleur au monde qui s'ouvre en dégageant une odeur de cadavre en décomposition, histoire d'attirer les insectes environnants dont elle se nourrie. Le parc est vital pour l'écosystème local car il apporte l'eau potable, protège des crues et absorbe le CO2 environnant. Il a fallu une grande crue en 2002 pour que les locaux prennent conscience de l'importance et la fragilité de cette jungle qui été jusqu'alors soumise à une intense déforestation en faveur de la production d'huile de palme.


Nous commençons à nous enfoncer dans la jungle et au bout des dix premières minutes, nous voilà déjà en compagnie de macaques qui viennent vérifier si il n'y a pas un petit quelque chose à voler. Le guide les chasse gentiment et nous continuons notre progression. Une demi heure plus tard, nous tombons sur un groupe de Thomas Leaf. Ce n'est pas une agence de tourisme locale mais bien le nom d'une espèce de singe, connue aussi en tant que Punky Monkey. En effet ils ont un corps tout noir et une sorte de crête blanche au sommet de la tête. Ce sont des singes amicaux et curieux. Certains semblent même prendre la pose quand je sors l'appareil photo. Puis tout à coup, c'est la panique chez les Punks, ils sont tout effrayés et commencent à remonter aux arbres. Mon guide m'explique qu'un Gibon Blanc approche. C'est une autre variété de singe, plus rare celle ci, qui est un peu plus grosse que les Thomas Leaf, qui eux sont plus gros que les macaques (vous suivez?). Aan me dit que j'ai de la chance d'en voir si rapidement, ils sont d'habitude plus discrets et difficile à observer. Ils se déplacent vite j'ai du mal à les photographier correctement.

Le chemin continue dans la jungle et nous commençons à croiser des groupes d'autres touristes qui suivent leur guide. Finalement j'ai une excursion privée et Aan a un statut de guide respecté à en juger par le comportement de ses confrères en sa présence. Des qu'il parle, tout les autres se taisent et lui demande conseil. D'ailleurs l'un d'eux vient l'informer qu'il a aperçu une femelle orang-outan et son bébé à dix minutes de marche. Nous nous y rendons avant que la rumeur ne se répande parmi les autres guides. Aan me fait signe d'avancer sans bruit, il a trouvé leur nid. Il faut savoir que le orang-outan se construit un nid différent tous les jours. Ils sont généralement à 8 ou 10 mètres du sol, pour leur permettre de passer la nuit à l'abri des prédateurs comme le serpent vert ou le tigre de Sumatra. Les nids du jour sont encore vert donc facilement reconnaissables. Aan me montre du doigt les branches en hauteur et je finis par distinguer une masse orange. Nous observons les 2 singes un moment jusqu'à l'arrivée des groupes qui les font fuir à grands coups de flash et de cris. Nous décidons de lever le camp, surtout qu'Aan a reçu un message d'un "indic" qui lui confirme la présence d'autres orang-outans. Après une vingtaine de minutes, nous arrivons sur les lieux mais il y a déjà 5-6 personnes. La mère orang-outan est dans un nid à 20 mètres du chemin. Deux guides tentent de la déloger en secouant l'arbre et en mimant des cris de mâle. Au bout de dix minutes la femelle semble enfin décidée à s'extraire des branches, pour descendre récupérer les bananes déposées par les guides. La femelle doit faire environ 60kg, c'est déjà un bon gros singe!! A son bras est accroché un bébé bien curieux avec les visiteurs. Mais déjà le tour de l'arbre est pris d'assaut par une trentaine de touriste qui tentent tous de se prendre en photo en train de nourrir la bête. Ce qui semble irriter Aan. Il m'expliquera que le fait de nourrir directement les orang-outans leur fait perdre leur côté sauvage. De plus, les animaux s'habituent rapidement et assimilent l'humain à de la nourriture facile. Sauf que lorsque l'on a rien à donner, les singes peuvent se montrer agressifs. Et un orang-outan possède 5 fois la force d'un homme. J'entends aussi une première fois le prénom de Mina... Nous quittons une nouvelle fois les parages pour marcher 1h dans les profondeurs de la jungle. Puis le guide me fait signe de m'arrêter : c'est l'heure de la pause fruits. Il déplie une nappe en plastique sur laquelle il dépose des oranges, bananes, fruits de la passion et ranboutans. Leur goût n'a rien a voir avec ceux que nous pouvons trouver en France, c'est un vrai délice. Un couple d'allemand nous rejoint, accompagné de leur guide. Les deux guides entrent en discussion. Apparement il y aurait un gros mâle qui se serait installé dans les environs et qui serait complètement sauvage. D'ailleurs son nid de la veille est une dizaine de mètres plus loin. Aan semble décider à traquer ce nouveau venu dans sa jungle. Je me dis que vu la taille du nid, je me serais bien contenté des Thomas Leaf...

Nous partons de nouveau sur les sentiers et Aan est sur le qui vive, car un Orang-outan ne fait rarement plus d'un kilomètre par jour (NDLR : je suis du coup sceptique sur ce nouvel orang outan, étant donné que les guides tournent tous les jours dans la jungle, mais bon jouons le jeu...). Après avoir crapahuté entre les rochers glissants du sentier, Aan me fait signe d'avancer doucement. Il a repéré un mâle. Oh surprise, c'est celui qui fait l'objet de notre quête. Peu importe pour moi que ce soit un peu surjoué ou non, nous ne sommes que tous les deux et le Orang-outan. Nous sortons du sentier pour nous approcher de l'arbre où le nid est juché. Le singe nous a vu également, son gros visage plat se tourne vers nous et ses yeux tout noir semblent nous scanner. Le guide me montre les mains du singe, elles sont immenses, c'est assurément un gros mâle. Mais les orang-outans sont assez feignants (moi aussi, d'ailleurs je mettrais OO au lieu de orang-outan maintenant) et celui ci ne semble pas décidé à sortir du lit/nid. Aan sort une banane de son sac et l'accroche à une branche en bas de l'arbre. Il me demande en suite de reculer pour laisser le OO s'en approcher sans contact avec l'homme. Et effectivement, cinq minutes plus tard, le singe par l'odeur alléché, descend de son perchoir. Et c'est à ce moment que je prends conscience de la taille de la bête, lorsqu'elle se déplie complètement pour descendre de son arbre. Le mâle doit faire 2,5m. Il se déplace avec lenteur et englouti la banane en deux temps trois mouvements. Mais Aan en a déjà disposé une autre plus haut, le but étant de l'attirer vers le chemin pour avoir une meilleur vue de l'animal. Et ça marche, OO nous suit, parfois s'approchant rapidement grâce aux lianes, pour s'octroyer les précieuses bananes. Après 150 mètres il finit par s'asseoir sur une branche. Aan semble rassuré car si le OO nous suivait trop longtemps, cela peut être de l'agressivité, comme Mina (encore?). Un groupe d'une quinzaine de visiteurs arrive derrière OO et leur guide ne trouve pas mieux que de lui donner des fruits directement à la main puis en propose à ses clients pour prendre la pose. C'est sur qu'une photo de vous en train de nourrir un OO est sympa mais au prix de dénaturaliser le singe.


Nous finissons par quitter l'endroit pour nous rendre au sommet de la crête afin de "luncher". Sur le chemin nous croisons un paon sauvage. Ici, ils sont moins majestueux qu'en Europe, avec leur plumes marrons. Une fois arrivé, Aan redeplie sa nappe en plastique et me fais le service dans une feuille de bananier. "Ici c'est Jungle restaurant" me dit il, "on mange avec les doigts". Pas de problème j'ai super faim et le nasi goreng me fait de l'œil. Au cours du repas je vois Aan se lever et inspecter les environs plusieurs fois, au moindre bruit suspect. Je finis par lui demander ce qu'il se passe, il me dit qu'il cherche Mina. Mais qu'est ce que c'est??? Mina est en fait une femelle OO qui a été "traumatisée" par la chute de l'arbre d'un de ses bébés. Ce bébé a été ramassé par les Rangers et soigné mais Mina assimile maintenant les hommes comme des voleurs de bébés. Du coup, elle est agressive avec les promeneurs et peut être un danger, pour elle comme pour les touristes. Mais pas de Mina en vue, juste un de ses enfants qui nous observe, curieux, depuis le sommet de son arbre. Mina est enceinte, elle a donc délaissé son précédent petit et celui ci doit devenir indépendant.

Après notre repas, nous repartons dans la jungle pour une marche un peu plus sportive. Le dénivelé s'est accentué. Nous marcherons plus de deux heures dans la jungle mais plus d'animaux en vue. Nous entendons de temps en temps des cris de gibbons noirs, sans pouvoir les apercevoir. Par contre j'ai droit à un florilège d'insectes géants : fourmis, araignées, scolopendres,... Tous avec des tailles 5 à 10 fois plus gros que leur cousins français. Finalement, c'est mieux pour Émilie qu'elle soit restée à l'hôtel...


Nous arrivons ensuite en amont de la rivière qui passe dans le village de Bukit Lawang. Une quinzaine de personnes sont déjà en position pour la descente en rafting. Enfin, un rafting indonésien, 3 chambres à air de camion reliées entre elles par un filet et piloté à l'avant et l'arrière par deux instructeurs chevronnés et assermentés ;-) d'au moins quinze ans chacuns. Et c'est eux qui vont me ramener au village... Je saute dans mon yacht de fortune et profite de la lente descente pour admirer la jungle qui nous entoure. En n'oubliant pas de lever les fesses de temps à autre, histoire de ne pas sentir le doux contact des cailloux sur notre passage. Le niveau d'eau est plutôt bas aujourd'hui, les bouées se coincent régulièrement au sol mais nous finissons par atteindre le village. Après avoir remercié Aan je file rejoindre Émilie. Elle a toujours sa douleur mais elle est plus supportable que ce matin (la douleur, pas Émilie ;-))


Nous quittons Bukit Lawang le lendemain par le Tourist bus qui nous amène directement au lac Toba. Mais nous n'avons plus un sou en poche hormis les 200000 roupies récupérées sur la part du trekking d'Emilie. Et 150000 vont servir pour payer les 2 nuits. Et bien, messieurs, dames, sachez qu'en Indonésie pour 50000 roupies (3,5€) vous pouvez vous faire un dîner et un petit dej pour 2 personnes. Bon d'accord c'est juste du Nasi goreng (riz frit) avec de l'eau mais c'est nourrissant. Donc le lendemain, après le "frugal" petit déjeuner, nous grimpons dans le Tourist bus, direction le lac Toba...

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