Lac Toba

Comme un air de lac savoyard

Il ne nous faudra pas moins de 8 heures de route pour rejoindre le lac Toba. 8 heures dans un van en mode asiatique : comme promis, nous sommes 6, mais le coffre n'est pas prévu pour recevoir les bagages de 6 personnes ! Romain se retrouve coincé entre moi et une autre personne, nous avons les sacs sous les pieds, la circulation est plus que dense et les odeurs de carburant envahissent la voiture. Et bien sur, le chauffeur, pour ne pas faillir à la tradition, roule comme un cinglé. Ça ne va sûrement pas arranger mon dos tout ça ! Les derniers kilomètres nous donnent un aperçu de la situation privilégiée du lac Toba : des montagnes qui semblent brandir fièrement leurs conifères (et oui, c'est rare ici !), beaucoup de verdure, de l'air frais et le lac. Un coin de Savoie en Indonésie !!


40 minutes de ferry pour finir, et nous voilà plongés dans la beauté et la quiétude de l'ile Samosir, située sur la lac ! Oui, ce lac est à ce point grand qu'il peut accueillir une île de 630 km² ! De nombreux internautes font l'éloge du Carolina Cottages, située sur Tuktuk (un village qui s'appelle tuktuk en Asie ça ne s'invente pas), une toute petite presqu'île sur Samosir. Nous décidons donc d'y réserver deux nuits. Les chambres du Carolina se répartissent dans un grand jardin verdoyant parsemé de marches d'escaliers qui donnent accès aux accommodations. Il y a un petit bâtiment de 6 chambres et de grands bungalow individuels de style batak, une architecture propre à cette région. Il s'agit de maisons aux toits très imposants et laissant apparaître de multiples sculptures dans le bois. Ces toits peuvent être incurvés ou non et leurs extrémités pointent vers le haut. Notre chambre se situe dans le petit bâtiment classique et nous offre une jolie vue sur le lac.

Ici les nuits sont fraîches, pas besoin de ventilateur et encore moins de climatisation. Comme c'est agréable ! Dommage que les animations toutes proches viennent troubler le calme ambiant. Nous avons droit aux séances de karaoke endiablées tous les soirs jusqu'à minuit ou 1 heure...! Heureusement, cela ne nous empêche pas de dormir mais cela dénature quelque peu ce lieu emprunt de calme et de sérénité. Si cela ne nous empêche pas de nous endormir, les coréens, eux, s'appliquent à nous réveiller en fanfare...! 6h du matin, réunion sur la terrasse d'en dessous ou d'à côté. Au menu, éclats de voix et de rires niais ! Ils aiment trop le bruit ces asiat´...


Nous passons les deux premiers jours à nous reposer sur la terrasse du restaurant de l'hôtel qui surplombe le lac. La douleur sous costale qui s'est déclenchée à Bukit Lawang ne m'a pas quittée et irradie maintenant dans le haut de mon dos. Suite à mon opération, je ne pouvais plus dormir sur les côtés ni sur le ventre. Cela faisait une semaine que j'avais retrouvé ce plaisir que j'en suis déjà à nouveau privée ! Je vais devoir me résoudre à aller voir un médecin... Justement, Romain découvre qu'il y a un centre de santé à 200m de l'hôtel ! Sauf que quand nous passons devant, je me sens prise de panique : c'est un petit bâtiment de plein pied qui ressemble à un dispensaire de cambrousse... Poussée par mon instinct de survie, j'appelle mon médecin en France et envoie un mail de détresse à Amandine qui est ostéopathe. Tout deux, sans se concerter bien sur, diagnostiquent un problème vertébral, certainement un nerf qui se serait coincé. Par chance, nous avons des anti inflammatoires dans notre trousse de secours. Sur les conseils de mon médecin je combine donc anti inflammatoires et paracetamol, et sur ceux d'Amandine, je m'adonne à quelques étirements. Mon état s'améliore alors de jour en jour. Ouf !


Le deuxième jour nous découvrons qu'il y a des transats au bord du lac juste derrière notre hôtel ! Nous nous y installons et Romain va même se baigner un peu. Il fait beau et l'endroit est très calme. Soudain, les cris d'une femme nous font bondir sur nos transats ! Son enfant a glissé sur des marches en pierre, il est tombé à l'eau et ne sait pas nager. En quelques secondes, Romain se précipite en bas des marches et un homme arrivant par un autre côté saute à l'eau. Coup de chance pour cet enfant, l'homme en question est un pompier de St-Cyr-sur-Mer ! Il sort l'enfant de l'eau, et le redonne à sa mère, toute tremblante. Pendant ce temps là, Romain aide une dame qui était descendue à l'eau aussi à remonter les marches glissantes. Il nous aura fait une belle frayeur ce petit ! Et il semble bien que nous ayons tous eu plus peur que lui, puisqu'à peine10 minutes plus tard, il revient jouer près du même endroit, sa mère le surveillant à peine !

Volcan un jour...

Le dernier jour, nous décidons de louer un scooter pour partir à la découverte de l'île. Quelle ne serait pas notre frustration si nous devions repartir sans avoir visité ce lieu idyllique !


Si les nuits et les matins sont frais, le soleil réchauffe nettement les journées ! Après un bon petit déjeuner au Juwita Restaurant dont la terrasse, un peu isolée, offre un joli panorama sur le lac, nous partons sur notre scooter. Nous empruntons la route longeant le lac et parcourons l'île d'est en ouest, en passant par le nord. En route, nous tombons sur la célébration d'un mariage ! Nous ne voyons malheureusement pas grand chose mais c'est un mariage en petit comité. Il y a des sortes de grosses boites par terre et, après un discours tenu certainement par leur prêtre, des femmes soulèvent ces boîtes, aidées par des hommes, et les posent en équilibre sur leur tête.


Les routes sont en très mauvais état et, outre les poulets qui font des traversées intempestives, il vaut mieux être préparé à devoir éviter de gros trous à la dernière seconde ! Nous nous arrêtons d'abord sur une petite plage sauvage où nous apercevons des enfants en pleine baignade. Puis nous continuons vers les sources chaudes de Nous traversons des villages et croisons plein d'enfants en uniformes d'écoliers sur le bord des routes. Ils nous adressent de grands "HELLOOOO !" suivis de larges sourires. Tout le monde est très souriant ici, plus encore que les habitants des villes de Sumatra que nous avons pu voir.


Le lac Toba, d'une longueur de 100km, en fait le reste de la caldeira d'un supervolcan, ce qui en fait le plus grand et le plus profond (505m) lac volcanique du monde. De nombreux scientifiques avancent d'ailleurs la thèse selon laquelle l'éruption du supervolcan il y a 73000 ans aurait provoqué une chute de la température du globe de 6 degrés en moyenne, causant un hiver volcanique d'un millénaire et entrainant une réduction de l'espèce humaine à quelques milliers d'individus (on est pas passé loin !!). Il est d'ailleurs fort possible que ce volcan se reveille à cause des nombreux seismes qui touchent la région. Donc pensez bien à remplir les cuves de fuel...


Nous arrivons à une carrière. L'odeur ne laisse pas l'ombre d'un doute : c'est une carrière de souffre ! Les sources d'eau chaude ne doivent pas être loin. Nous croisons une jeune fille en scooter et lui demandons la direction pour les sources. Enthousiaste, elle nous invite à la suivre. Elle nous fait part de son plaisir de nous avoir croiser et de pouvoir parler anglais avec nous. Puis, d'un geste avec le bras, elle nous indique les sources et nous salue chaleureusement. Décidément, les gens sont vraiment agréables ici et très serviables. Nous arrivons sur un petit parking désert et croisons seulement deux jeunes hommes auxquels nous demandons où sont les sources. L'un d'entre eux nous indique une petite bâtisse sans toit juste devant nous. Il y en a deux en fait : une pour les hommes et une pour les femmes. Et si nous voulons y aller ensemble, c'est Romain qui doit venir dans celle réservée aux femmes ! Bon cela n'a que peu d'importance car il n'y a vraiment personne. Dans la petite bâtisse, nous trouvons un bassin qui ressemble a une petite piscine, et qui est rempli avec l'eau des sources chaudes. Sur le côté, un autre bassin, beaucoup plus petit, à hauteur d'homme et rempli d'eau froide. L'eau puisée dans les sources chaudes sont vraiment très chaudes, de l'ordre de 40 degrés. Romain entre assez facilement, moi je mets un bon quart d'heure, palier par palier. Je n'aime pas l'eau trop chaude, et je ne reste que deux ou trois minutes. Pourtant cela ferait sûrement beaucoup de bien à mon dos... Nous terminons en nous rinçant à l'eau froide. Ça ravigote !! Nous remontons sur notre scooter et avant de partir, nous demandons notre route à un petit restaurant juste à côté. On nous renseigne et au moment où nous allons partir, la dame nous informe que le bain d'eau chaude était payant et que nous lui devons 20000 rp par personne ! Nous trouvons étrange que personne ne nous ai rien dit avant... Et ce n'est indiqué nulle part ! Finalement, elle nous propose 10000 rp par personne, sans que nous ne demandions rien. Noyée dans les effluves de souffre, nous sentons comme une petite odeur d'arnaque... Nous lui disons que nous n'avons que 5000 rp et ça passe ! C'est bien l'Asie ça ! Ils sont prêts à toutes les bassesses pour vous faire sortir le porte monnaie ! Dans ces cas là, nous nous consolons en faisant la conversion en euro. 5000 rp = environ 0,35 €... Mouai bon, ça va pour cette fois (encore) !

Nous reprenons la route, toujours sous le soleil et captivés par la beauté des paysages de l'île de Samosir. Surplombant parfois le lac, traversant des villages qui semblent abandonnés ou bien des étendues de verdure au milieu desquelles se dressent une église ou un autel. Oui oui, il y a des églises ! Il faut savoir qu'autrefois, les habitants de l'île étaient cannibales (!) et qu'ils ont été convertis au christianisme (de gré ou de force) pour mettre fin à cela.


Pour finir, nous nous arrêtons dans un village un peu plus animé et dans lequel nous trouvons un marché dans une allée "piétonne"(où que l'on soit en Asie, il n'y a jamais vraiment de zone piétonne, les scooters et petites motos se faufilent absolument partout. C'est d'ailleurs parfois pénible car on ne peut pas se promener tranquillement plus de trois minutes sans devoir se ranger sur les bords pour laisser passer les 2 roues qui forcent le passage).


En rentrant, nous apercevons un petit restaurant sur lequel un panneau indique "Pizzas". Il est juste derrière notre hôtel et les propriétaires sont justement en train de rénover la terrasse. Avec le sourire, ils nous proposent de revenir vers 19h pour dîner. Ce que nous ferons avec plaisir, on ne se fait pas prier pour une pizza ! Et ce petit restaurant est une agréable surprise : très propre, jolie décoration et le couple de gérants est très sympathique. Le gérant prend même un moment pour s'asseoir et discuter avec nous. Il nous raconte que ce restaurant appartient a son père mais qu'il espère le racheter un jour. Nous parlons aussi de la conduite en Asie et lui racontons les nombreuses frayeurs que nous avons déjà eues depuis bientôt 3 mois de voyage. Il nous dit que ce sont souvent les transports en commun les plus fous et nous avoue s'être déjà énervé plus d'une fois contre les chauffeurs. Il nous demande si nous sommes mariés. Cette question nous est souvent posée et nous fait sourire. Nous lui répondons que non. "Vous vivez ensemble mais n'êtes pas mariés ? Ah oui, en Europe, vous pouvez faire ça, c'est normal. Ici, on ne peut pas. On doit se marier pour pouvoir vivre ensemble ." Ici, il n'est pas rare qu'un homme et une femme reste ensemble pendant parfois 10 ans sans vivre ensemble ! En Indonésie, le taux de divorce est de l'ordre de 5%. Emikel nous explique que le divorce est possible mais que c'est très très mal vu. Cela signifie aux yeux de tous que le couple ne sait pas faire face à ses problèmes et qu'il choisi la facilité en divorçant plutôt qu'en surmontant ce qui ne va pas. Je lui demande comment font ceux qui s'aperçoivent qu'ils ne s'entendent pas une fois qu'ils vivent ensemble. Il me dit qu'en général, ils continuent à vivre ensemble en s'ignorant autant que possible ou en étant comme des amis. Et bien sur, l'adultère est également très mal vu. Certains le tentent malgré tout mais il vaut mieux pour eux que personne ne l'apprenne. Emikel a 30 ans, comme nous, enfin... comme moi surtout ;-) et il vient de se marier et n'a pas encore d'enfant. Nous pensions que les indonésiens se mariaient et fondaient leur famille tôt. Mais non, ils ont tout de même le choix de prendre leur temps ! Une bonne soirée instructive et très intéressante ! Et avant de nous laisser partir, Emikel nous demande où nous allons après le Lac Toba et nous propose d'appeler la compagnie de taxi avec laquelle nous retournerons à Medan pour s'assurer que nous ne serons installés derrière le chauffeur (ce sont les places les plus confortables) et que ce dernier roule prudemment. Si beaucoup d'indonésiens sont parfois fourbes pour vous faire sortir votre porte monnaie, beaucoup savent aussi être très serviables et sont toujours prêts a vous apporter leur aide. Ca, nous ne l'oublierons pas !

Retour vers Médan

Le lendemain, nous prenons le ferry de 11h et quittons ce magnifique endroit à contre cœur... Mais si le Lac Toba nous a beaucoup plus, en revanche, nous sommes déçus du Carolina Cottages. Beaucoup font l'éloge de cet hôtel sur internet, de notre côté, nous recommanderions d'en essayer d'autres ! Certes, la situation du Carolina est privilégiée, il est en bordure du lac et bénéficie d'une très jolie vue. Mais son restaurant est bien trop cher pour la nourriture qui y est servie et son service de laundry aussi. La chambre était propre mais nous avons eu beaucoup de fourmis devant notre porte et dans la salle de bain. Par conséquent, le Carolina, nous ne le recommandons pas ! Il y a plusieurs autres hôtels en bord de lac qui valent sûrement le coup d'œil !


Nous devons maintenant nous rendre à Medan, où nous passerons la nuit et prendrons un avion le lendemain matin en direction de Denpasar, à Bali. Mais pour l'heure, nous avons plus de 4 heures de taxi devant nous. Un mini van pour 6 personnes, dans lequel, une fois encore, nous serons entassés avec nos bagages. Et le trajet sera juste mémorable... À l'arrière, 3 hommes, des locaux. Derrière le chauffeur Romain et moi. Jusque là, tout va bien. 15mn plus tard, premier arrêt. Nous chargeons 3 personnes de plus ainsi que leurs bagages bien sur. Un homme et une femme et leur petite fille d'environ 2 ans. Des locaux également. La femme s'installe entre Romain et moi et l'homme avec sa fille, à côté du chauffeur. Derrière, nous avons droit à un concerto de rots qui a commencé dès notre entrée dans le mini van. Et ils s'en donnent à cœur joie : une gorgée de soda = 2 à 3 rots. Au début, ça nous fait rire, mais rapidement, ça nous écœure. Surtout à partir du moment où ces rots sont devenus odorants... La dame qui est entre nous s'endort, la bouche grande ouverte laissant apparaître une dentition qui n'a pas du souvent passer entre les mains du dentiste. Et en fonction des virages, elle tombe sur Romain ou sur moi. Virages pris le plus brutalement possible par notre cher chauffeur. Entracte. Toujours le même scénario des transports en commun : l'arrêt resto se fait dans un petit bouiboui pas très reluisant, avec un choix de plats très limité et que nous ne pouvons psychologiquement pas avaler (même Romain le dit, alors vous imaginez !) et des toilettes que vous revoyez dans vos cauchemars la nuit d'après. Nous redémarrons. Les rots repartent de plus belle. Ils ouvrent des paquets de gâteaux et se mettent maintenant à mâcher bruyamment. C'est pas comme s'ils venaient tout juste de sortir de table... Machage de biscuits, soda, rots : y'en a pour chacun de nos sens, que du bonheur... En cours de route, le papa donne la petite fille à sa maman. Entre nous, il y a donc la maman aux jolies dents avec sa fille sur les genoux. Cette petite est d'ailleurs toute mignonne et incroyablement sage : on ne l'a pas entendu une seule fois de tout le trajet. MAIS, ses pieds sont à présents sur mes genoux et cela semble ne déranger que moi. Biberon, bonbons et .... vomito ! C'est drôle hein, on ne le voyait pas arriver gros comme une maison ça ?! Et c'est qu'il y en avait dans ce minuscule estomac, parce qu'après avoir crépi ses jambes, ses chaussures, le tapis de la voiture, les pieds et le sac à main de maman les jolies dents, elle rempli deux petits sacs plastique, rien que ça ! Le chauffeur ne s'arrête pas et ne daigne même pas ralentir. La maman essuie tout ce qu'elle peut avec sa fille sur les genoux et la voiture qui brasse sans cesse de droite à gauche. Et le papa qui ne bouge pas ! Comme pour se venger, elle lui donne les serviettes en papier souillées et les sachets de vomito. Et en fond sonore, toujours le concerto de rototos. Après 4 heures interminables, arrêt à l'aéroport de Médan pour déposer la charmante petite famille Vomito. Puis arrêts au centre ville pour dégager la famille Rototo. Derniers kilomètres dans le silence et le savoir-vivre. Ouf ! True story.


Nous ne passons qu'une soirée à Médan et heureusement. Cette ville est un enfer ! Sale, polluée, très bruyante, bondée... Nous ne sortons de l'hôtel que pour dîner. Thanks God, nous trouvons un restaurant à 100 mètres de l'hôtel. Je n'aurai certainement pas pu faire plus tellement l'atmosphère est oppressante. Les trottoirs sont sales et plein d'obstacles : motos, étals de marchandises ou de street food, morceaux de bois, de tôles, des poubelles, des trous, d'énormes cafards... Beurk, je veux partir d'ici !! Une fois dans notre chambre d'hôtel, plus aucun bruit, si ce n'est les prières chantées par l'Imam dans les hauts parleur de temps en temps. Il faut dire que le "voisinage", pour le moins insolite, est plutôt du genre très calme... (voir photo n 3)


Le lendemain au petit matin, nous prenons notre taxi direction l’aéroport pour voler vers Bali. En chemin nous traversons le grand marché de Médan avec ses centaines d'étals à même le sol et la route. Petite surprise avant d'embarquer dans l'avion, nous devons nous acquitter d'une taxe d’aéroport supplémentaire non comprise dans notre billet TDM. Décidément nous serons essorés jusqu'au bout.


Prochain épisode : Bali...

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